En 2012, j’ai goûté à la saveur particulière des orages maritimes de la Ligurie et de La Toscane. Dans les régions méditerranéennes,  la saison débute. Dean est disponible et doublement motivé par l’Italie, en raison d’une situation propice aux développement d’orages supercellulaires plus au nord, dans le Piemont. Ce double enjeu est motivant. Nous quittons Genève en début d’après midi sous un ciel bien chargé et une circulation dense en cette fin de mois d’août.  A la sortie de la vallée d’Aoste, le voile nuageux se dissipe et laisse apparaitre le soleil.

Conformément aux modèles, de jolies cellules orageuses se développent déjà dans la plaine du Piemont. Comme si nous avions pris rendez-vous, nous sommes dans le timing pour cueillir nos premières captures.  La tension monte d’un cran, sur notre gauche un cumulonimbus prend des allures de supercellule. Nous sortons de l’autoroute afin d’intercepter le monstre. L’arcus qui est à l’avant avance très vite.

Arcus dans le Piemont

Dans un paysage typique de rizières, nous observons l’évolution de la base. Quelques coups de foudre extranuageux  très lumineux agrémentent le spectacle. Le vent se lève soudain. Les rafales, assez fortes, soulèvent de la poussière.

Le vent fort et quelques gouttes de pluies ne simplifient pas la prise de vue, je m’en vois comme un beau diable.

Vent près d'une supercellule

Nous reprenons la route afin de tracer la cellule, qui devient très électrique, pendant un moment. Sur une voie rapide, nous observons le nuage mur évoluer  et devenir dantesque.

Le suivre trop longuement reviendrait à compromettre notre deuxième “target”, Les orages font tache d’huile et s’étendent. Nous sommes désormais sous la pluie,mais stoppons néanmoins quelques minutes, afin de capturer des éclairs. La foudre est imprévisible, l’endroit devient dangereux.

Nous repartons pour le sud. A vrai dire, il s’agit de mon “target” préféré, et j’espère capturer une trombe au petit matin, au bord de la méditerranée. Arrivés près de Gênes, sur la côte, nous éprouvons quelques difficultés à parquer le véhicule. Peu importe, nous marcherons quelques centaines de mètres… (Ce n’est pas anodin lorsqu’il faut regagner son véhicule en toute hâte, sous des trombes d’eau, et parfois même sous des coups de foudre proche). Bien motivés par une halte au restaurant, les éléments coupent court à nos velléités culinaires. En effet, le ciel s’illumine, les orages sont en approche rapide. De nouvelles cellules se forment en mer et nous installons fissa les trépieds. Les premiers coups de foudre jaillissent en mer, comme venus de nulle part.

Plus tard, l’illumination des nuages me permet d’observer les structures très tourmentées.

Afin de mieux profiter du spectacle, nous nous déplaçons de 2 kms. C’est un choix gagnant.

La pluie gagne du terrain, il faut maintenant bouger. Plus loin sur la corniche nous croisons Klipsi, un habitué des lieux. A la vue de son agitation lorsqu’il installe son trépied, un tas d’images défilent dans ma tête. Dean lance un “viens viiite”. Occupé à sécher mon matériel, je traine quelques minutes, et je loupe un magnifique nuage mur en mer, mais je capture quelques coups de foudre bien sentis, au large, dans une composition minimaliste.

Puis nous sommes pris dans un rideau de précipitations qui nous trempe jusqu’aux os…. Ce n’est plus de la pluie, c’est une projection de seaux d’eau, un déluge. Sur la route du sud, le drainage ne suffit plus. L’autoroute est une pataugeoire. Peu avant la Spezia, la pluie cesse. Nous nous orientons vers un point haut. La ligne orageuse nous absorbe rapidement et ne nous laisse pas le loisir de shooter très longtemps. Sous le bruit incessant de la pluie, nous prenons un peu de repos dans la voiture. Puis vient l’accalmie. Nous ressortons les trépieds et contemplons l’arrière de la ligne orageuse. Il est 5h, Klipsi sort son violon  et invoque les éléments. Le paysage est grandiose, et se prête à la mélodieuse extravagance du chasseur de tornades. Quelques touristes dans un camping-car voisin ont du apprécier ce moment de bravoure… Puis un coq se met à chanter, les premières lueurs du jour et une lune très lumineuse ne masquent pas encore le clignotement incessant des cumulonimbus.

Affamés par cette nuit de chasse, nous décidons de partir en quête d’un petit déjeuner. Klipsi nous propose gentiment diverses friandises, voire quelques boites de conserve et un café, mais la perspective d’un café et de viennoiseries à l’italienne nous donne un nouvel élan. Nous abandonnons notre comparse au petit matin, et filons à La Spezia.Rassasiés, nous entreprenons notre dernier target, un peu plus au sud. Malgré le savoir faire de Dean, nous restons bredouille, aucune trombe ne se forme dans le secteur. J’apprendrais plus tard que deux trombes ont été vues ce jour là : La première à l’endroit où nous avons failli stopper sur le retour, Gênes. La seconde, remarquable par son intensité, bien plus au sud. (http://www.naturaldisastersnews.net/disaster-news/natural-disasters-events-archive-of-all-natural-disasters-news/tornadoes-waterpouts/1496-2013-08-25-waterspout-and-severe-weather-in-several-italians-region#.UhviWmSbh2c). Mais nous sommes pris par des contraintes professionnelles, il nous faut regagner Genève. Le retour se fait sous un soleil de plomb et dans la bonne humeur. Une fois de plus, cette chasse fut fructueuse, elle confirme mon ressenti de la saison dernière : le Golfe de Gênes est un délice pour le chasseur d’orage.

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